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Lundi 26 février 2007

Maison traditionnelle à Arêches dans le Beaufortain.



Le lundi matin, je me lève avec les premières courbatures aux fesses et bizarrement aux bras. Sûrement à force de me relever en prenant appui sur les bâtons. Depuis samedi, la neige n’en finit pas de tomber. On ne distingue pas la différence entre les montagnes, les hameaux et le ciel. Que c’est apaisant pour le regard, tout est si calme. Les gens d’ici se plaignent de mauvais temps mais Simon et moi, sommes contents comme tout. En plus, il ne fait pas si froid, surtout quand on skie.


Place de l'église à Arêches.

En attendant notre skibus, on entend une énorme explosion qui retentit dans toute la vallée. Simon m’explique que ce sont des avalanches qu’ils font exploser sur les autres versants afin de sécuriser les pistes de ski. Nous sommes un peu obligés de laisser passer le bus de 9h00 car les 50 malheureuses places qu’ils nous attribuent sont vite comblées par l’affluence de touristes de cette semaine rouge. On prend le bus suivant et l’on arrive limite en retard aux cours.

Les petits élèves en route pour les cours de skis.

Le lundi se déroule à peu près comme le dimanche. De nouveaux débutants arrivent dans le cours. Charles doit en surclasser certains qui sont déjà vraiment doués car ce n’est pas leur première fois et demander à d’autres d’aller aux cours de l’après-midi. Claudia SCHIFFER prend un air faussement humble :

« Oh non, non Charles ! Niveau 1 ça va être trop dur pour moi tu sais !  Bon, d’accord j’y vais. »

Elle part sans même se retourner vers l’autre groupe.

À quatorze, le cours n’était pas vraiment gérable et pour lui, j’imagine que c’est plus risqué. Nous sommes désormais huit ou neuf, c’est pas mal, mais on y voit plus clair quand même. Charles reprend les bases de la veille. C’est rassurant lorsqu’on répète la même chose.

Direction les pistes en bottes de Goldorak.

Après une petite descente sur la piste verte de la veille, on passe au tire-fesses « Les Pauses ». Attention, les oursons trentenaires que nous sommes arrivent lentement dans une file d’attente plus importante où l’on se fait doubler par des gamins de moins d’un mètre qui glissent en travers de nos skis sans sourciller. Le tire-fesses n’est pas évident. Charles nous dit que l’avantage c’est que cela nous apprend à avoir « l’équilibration » qu’on doit avoir normalement sur nos skis. On serre les fesses, on sent propre du terme car ici, c’est un degré au-dessus avec virage dans la montée. À peine le virage embrayé, je tombe sur le mec tombé devant moi et la fille derrière moi me tombe dessus. Quelle histoire quand vous tombez avec des skis plantés n’importe comment dans la neige ! On redresse la tête en se demandant tout d’abord dans quel sens on est par rapport à la vallée et aux remontées mécaniques. Puis on regarde où en est celui qui suit pour dégager le passage. En général, faut se pousser tout de suite en se roulant dans la neige car on n’a pas le temps de déchausser les skis. Une fois debout, faut traverser les remontées mécaniques entre deux skieurs tirefessés, se rechausser, et attendre le groupe qui a réussi à atteindre le sommet de la piste.

Pistes du Planay.

Charles nous fait signe d’attendre pour ne pas se fatiguer pour rien et nous rassure. Il nous rappelle chaque fois que c’est normal, qu’on débute, qu’il ne faut pas avoir peur de tomber, qu’on n’est pas là pour faire de la compétition mais pour le plaisir. Malgré tout, ça nous fatigue et ça nous énerve. Et par conséquent, quelquefois, on sent que ça l’énerve qu’on stresse parce qu’on ne sait pas bien remonter au tire-fesses ou qu’on a peur de se laisser tomber. Il ne cesse de me répéter de ne pas angoisser, mais ça me stresse encore plus.

« Qu’est-ce que je peux faire pour ne pas stresser ? », je lui demande.

« Arrête de penser, c’est tout ! », me répond-il.

Facile à dire. Faut que je suive le groupe, je ne suis pas toute seule, et je ne peux pas demander à être déclassé vue que je suis dans le groupe le moins fort du monde…

Sylvie est bien plus volontaire que moi, et plus courageuse aussi.

« Y’a pas, quand faut y aller, faut y aller ! J’y vais hein ! », lance-t’elle en glissant à 0,5 à l’heure.

Sylvie.

Au bout d’un moment, j’en ai marre, je suis crevée, je n’arrive à rien je pense. Charles s’énerve en me disant justement de ne pas baisser les bras, qu’il ne me laissera pas faire et que vendredi, il est prêt à parier que je serai contente de moi. C’est terrible ce manque de confiance en moi. Mais là pour l’instant, je n’ai aucun plaisir à ce que je fais. Techniquement, cela me semble insurmontable. Mes vêtements m’encombrent. Sylvie ressent la même chose que moi. On se soutient mutuellement. Charles nous assure qu’on a fait des progrès. Quelle patience il a… On est tous des enfants apeurés dans des corps d’adultes. Pas simple à gérer pour un prof.

Dans la file d’attente, au beau milieu d’une poignée d’enfants qui attend impatiemment au tire-fesses, Sylvie me raconte ses exploits de freinages en dérapés incontrôlés d’hier après-midi. On rigole de nous-même, faut bien ça pour se réconforter. Cette histoire assez banale en somme, racontée par Sylvie avec son accent truculent du Nord à la Dany Boon, j’adore !

Charles, prof des débutants.

Le prof des enfants, avec son accent savoyard proche de la Suisse, dit à Sylvie : « Oh ! Joli accent ! Je vois que madame est du sud, ou bien ! ».

Sylvie : « Bin oui hein ! Faut c’qui faut hein ! »

Le prof : « Et t’es d’où exactement, ou bien ? »

Sylvie : « Bin chuis d’Douai hein ! Vous me faites rire eud’rire eud’ mon accent alors que vous zotes, vous mettez des « ou bien » partout hein !!!! Oh c’est rigolo çô hein ! »

Le prof, ironique : « Ah bon ? On dit toujours « ou bien » nous, ou bien ? J’ai reconnu ton accent car ma femme est eud’ Lille ! »

Sylvie : « Ohhh, bin monsieur est connaisseur alors hein ! »

Gros éclat de rire général des profs et de nous, élèves. Sylvie a toujours le sourire jusqu’aux oreilles, et un humour sur elle-même incroyable. C’est elle notre remède au stress.


Damage des pistes.   

                  

Simon rentre de son cours pas fatigué du tout, c’est facile pour lui. Pourtant, il adore et me raconte tout dans les moindres détails.

Simon au retour du cours.

Florence a elle aussi changer les deux élèves plus faibles de niveau car ils ont trop de mal à suivre le groupe. Puis, aux autres, elle leur fait descendre les pistes par portion. Les élèves la suivent par intervalles régulier. C'est-à-dire qu’elle leur fait changer d’ordre dans la file qui la suit en rang d’oignons. De cette manière, durant les descentes, elle peut observer les qualités et les défauts les deux trois premiers élèves qui la suivent et les corriger. Pour Simon, elle lui dit d’écarter plus ses skis et de plier plus ses jambes. Ce jour là, il est content d’avoir été corrigé. Hier, il avait peur que ce soit trop facile, mais aujourd’hui, il pense que le cours va être boosté. Il ne demande pas à sa prof pour changer car de toute façon, elle ne lui en parle pas d’elle-même.

Au bas des pistes du Planay.

Bruce annonce à Simon que sa copine a finalement une entorse au genou et ne pourra plus skier du séjour. Plus de peur que de mal, c’est pas de bol, mais vaut mieux ça qu’un tibia en 3 morceaux quand même !

Fontaine dans Arêches.

L’après-midi, Simon retourne seul sur les pistes et s’en donne à cœur joie. Il me raconte la vue imprenable qu’il a depuis le sommet des pistes bleues et rouges. On voit le Mont-Blanc à ce qu’il paraît. Et lorsqu’ils font exploser une avalanche, de là-haut, on entend la neige dévaler sourdement tel le tonnerre sur les autres flancs de la montagne. Grrr… c’est mieux de le lire que de l’entendre en réalité !

  Arêches. Bas des pistes du Grand Mont.

 
Par Virgsim - Publié dans : skitour2007
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